Ces extraits de lettres reçues, jugés utiles par l’équipe du site, 
sont reproduits ci-après avec l’accord de leurs auteurs 


Ces mails, jugés utiles par l’équipe du site, 
sont reproduits ci-après avec l’accord de leurs auteurs 

Mail 1
Alex
Les deux sites de l’asbl POLE NORD et de POLENORDGROUP - qui m’ont beaucoup apporté au niveau «culture générale» et encouragé à écrire - m’incitent à participer maintenant plus concrètement au projet «VERAMENTE».
Je ne supporte plus de rester inactif et sans liens dans le travail d’analyse de notre actuel «moment historique mondial».

Une formule, issue du Journal de Franz Kafka, me hantait:
       «2 août 1914: l’Allemagne vient de déclarer la guerre à la Russie.
        Après-midi, piscine.»  

Venait s’y ajouter ce que m’avait dit, un soir, mon grand-père:
       «Je me promenais sur les boulevards à Bruxelles.
      Et j’apprends la déclaration de la Seconde guerre mondiale et la mobilisation.   
       J’étais stupéfait»  

Ce manque d’analyse, cette absence d’une réelle prévention me sont devenus insupportables. Je trouve urgent de chercher les fondements de l’imbroglio international qui provoque des conflits terribles, rétablit des alliances entre les protagonistes, les déplace, fait voter des traités internationaux qui ne seront pas ou peu respectés… Des conglomérats «économiques» sont célébrés comme des solutions-miracles puis rejetés, etc.
La déroute internationale, des manifestations d’opposition de plus en plus affectivisées, avec cette dramatique et croissante question des réfugiés placent tout adulte devant l’implacable exigence d’une analyse de fond du Concept social qui nous mine. Aucun être humain ne peut trouver une vraie vie en se coupant de ses semblables et en renonçant à la pensée. 

Mail 2
Gilberte
Je vous écris car je souhaite être tenue au courant et, éventuellement, participer à la recherche «Veramente».
En effet, je suis convaincue que nous devrons et que nous pourrons sortir de ce que vous appelez L’ENIGME du capitalisme. Mais, avant de pouvoir adopter une attitude cohérente, nous devons apprendre à cerner le nœud de la question à travers ses mouvements contradictoires. Le capitalisme plonge dans le passé. Il nous déséquilibre, dès le départ, de multiples façons, par des retournements de situations dont on ne situe pas la complexité. Il me semble qu’aujourd’hui, il nous plonge dans un désastre. Mais lequel ?   
Autour de moi, les arguments d’opposition à ma conviction sont répétitifs: le «libéralisme», le «néo-libéralisme» sont des avancées. Le destin du monde ne relève pas de notre responsabilité. Des implications bénévoles concrètes sont plus utiles… 
Je suis régulièrement tentée d’expliquer par le découragement et la déprime les réactions mentionnées ci-dessus. Mais ce serait faire fi du plaisir éprouvé quand on pénètre ce qui était lointain et incompréhensible.
Quel bonheur de renoncer à «la nuit des temps» et de trouver les premiers arguments qui prouvent que nos vies peuvent être tout autre chose que ce «travail» derrière lequel on nous fait courir de plus en plus fort, alors qu’il ne doit pas être notre «destin».
Si vous êtes d’accord, je vous écrirai mes questions ou mes réactions, quand j’en aurai besoin. 

Mail 3
Charlotte
Notes après une causerie, faite par Miguel Benasayag (1963 - )
 
Depuis quelques dizaines d’années, on peut signaler des retours de conscience sur le fait que la société civile a la possibilité de penser une autre société, de vivre autrement. Le Concept du Capital et les systèmes politiques du libéralisme-néolibéralisme  nous ont figés, étiquetés, déshumanisés.
Les-dites «luttes sociales», qui réunissent les foules autour d’un objectif éphémère contribuent au maintien de ce désastre puisque les élans solidaires ne durent que le temps de l’affrontement et que l’isolement et la tristesse reprennent bientôt leurs places. Les pouvoirs mis en place pour la valorisation du Capital font rapidement le tri entre les types de mouvements et se moquent de celles qui n’expriment que l’envie d’être de plus larges consommateurs des produits du néo-libéralisme. Contre le capitalisme comme modus vivendi, ces luttes sont insuffisantes parce qu’elles n’entraînent pas l’émergence d’un nouveau type d’humanité. 
L’hypothèse selon laquelle, pour amener le changement, il faut lutter contre le pouvoir en place est un leurre. 
Une autre alternative propose que les changements sociaux soient compris comme un processus multiforme émanant de la base à travers des pratiques et des expériences alternatives. Créer, produire des idées, des modes de vie, des relations nouvelles entre les gens. S’informer sérieusement sur les lieux où se passent ces pratiques différentes, où des gens se rejoignent, inventent des liens qui ne soient pas «contractuels» comme le sont les liens créés par le néo-libéralisme. Un monde unifié, sérialisé, proposant qu’on soit tous pareils n’existe que parce qu’on y adhère. Mais comment redéfinir LA LIBERTE qui ne correspond pas aux libertés individuelles.

Une anecdote donne le ton :
On raconte à un Indien Mapuche d’Argentine qu’un vieil homme qui vit en      Europe a la chance d’avoir deux infirmières qui viennent le soigner chez lui,    l’aider tous les jours en échange de paiement… 
Sa réaction est immédiate: «Mais quelle vie malheureuse et solitaire cet homme a dû avoir pour en arriver à ce qu’il n’ait aucun ami qui vienne l’aider gratuitement !

Deux interventions dans le public
Ces pratiques alternatives dont vous parlez supposent d’outrepasser les lois, les règlements, d’être dans l’illégalité ?
M.B : Dans nombre de pays du Tiers monde, il faut déjà souvent être dans l’illégalité, pour simplement survivre. En Europe, on pense qu’on a beaucoup à perdre si on met un pied hors de la norme. Mais cette manière de penser est plus répressive que n’importe quel système répressif. C’est elle qui amène la tristesse, le fatalisme, la passivité.

Une fois qu’émerge un mouvement fort, comment faire pour qu’il ne soit pas «cassé» ou ne devienne pas un nouveau système répressif  ?
M.B. Nous devons d’abord construire une conscience sociale.

Mail 4
Joachim
Je suis d’accord avec vous quand vous écrivez que le travail aujourd’hui n’est pas du tout la même chose que «l’activité». Une critique de l’activité humaine n’aurait pas de sens. Nous devons être actifs pour tirer de la nature nos moyens de subsistance. Mais ce qui, aujourd’hui, est appelé «travail» est très différent de «l’activité».
Une preuve est que le mot même: «travail» n’apparaît qu’à l’époque médiévale. Il est dérivé d’un mot latin: «tripalium» ou «trepalium», une structure formée de trois pieux servant à attacher bœufs et chevaux pour les immobiliser, leur mettre des fers ou leur donner des soins. Il désignera aussi un instrument de torture pour attacher et châtier voleurs et criminels.
Plus tard on formera un verbe «tripaiiare» qui donne «travailler» et, en général, prendra le sens de «tourmenter, faire souffrir physiquement et moralement». Le mot «travail» désignera «un effort important», une «grande fatigue», «une douleur», un «tourment».
Il ne signale donc pas «l’activité» utile en tant que telle, et encore moins  notre épanouissement. Il indique comment quelque chose de pénible est obtenu par la force, quelque chose qui n’a pas nécessairement un contenu précis.